02.11.2009
Les voix du grand Art sont impénétrables

Vendredi soir, vernissage à la galerie Schmok *. Expo de qualité très moyenne comme à son habitude. Le galeriste pérore quand même (un peu) trop, rapport à son mini buzz à SLICK. Après une coupette, un serrage de paluche à l’artiste, et une bise au grand patron je me dirige vers la sortie.
Faut dire que l’ambiance puait un peu.
Et là je tombe sur l’assistante du galeriste. Je la déteste : une vraie grue. « Alooooors ???? Carrément dément heiiiinnnn ? C’est énoooooooooooorme ! » qu’elle m’interpelle.
« Wé, génial. Bon j’y go là. Félicite encore Monsieur ma grande, dit lui que l’expo est chantmé». « Et que Nanabozo le grand lapin le protège » je sors sur le ton de la boutade. « J’y dirai » qu’elle me répond cette conne.
Qui a dit que le niveau des galeries françaises était bas ?
* L’auteur tient à protéger l’identité artistique de cet établissement parisien.
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20.10.2009
BIENTÔT AU GRAND PALAIS …

Cette année à la FIAC on donne les stands aux américains. Ouais, on les donne. Mais dans quelle ère artistique vivons nous ? L’ère glacière ? Nucléaire ? Crisationnaire ? Je pencherais volontiers pour le dernière hypothèse.
Nan mais quand même hein.
Demain on reprends l’étude comportementale des « artus branlettorum » = galeristes.
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19.10.2009
De la compréhension de l’Art Contemporain : Impacts socio-économiques et environnementaux des méthodes alternatives de production durable d’œuvres d’art
22 - 25 Octobre 2009. Ces dates ne veulent rien dire pour toi ? Saches petite gredine que la FIAC pour la galaxie arty, c’est comme qui dirait la facheuneouik de l’art ! Je te promets que ça commence dès aujourd’hui à claquer du fessier dans les galeries ! Nan mais t’imagines le stress ?
Vais-je vendre assez pour rembourser la location de mon stand ? Est-ce que j’aurais une page dans le Figaro ? Vais-je doser mes voisins de la cour carrée ? Thaddeus va-t-il enfin me rouler une pelle en public ? Va-t-on remarquer que ma robe c’est pas du H&M mais du Rodarte ? Si on me filme pour le JT ma zone T va-t-elle briller ?

Argghhhhhhhhhhhhhhh.
Question : Peut on survivre à l’Art Contemporain ?
Réponse : Non
NB : Enfin y’a genre des règles qui font que tu peux demi-survivre. C’est-ce que nous étudierons au cours de la semaine.
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23.05.2008
En fait, y’a pas de justice sur terre
Qui c’est qui taffe comme une malade pour préparer Art Basel… mais uniquement pour son boss … parce qu’elle n’ira pas… afin d’assurer le bonne marche de la galerie à Paris ? C’est bibi. Ouais. Comment je suis deg. OK c’est seulement quatre jours à Bâle, mais bon les boules (oh rime/jeu de mots/totale éclate sa mère). Voilà. C’était juste pour geindre sur mon sort, et accessoirement pour vous prévenir que taffant au delà des limites humaines, je risque de déserter juste un peu la toile…
Et vous ? Une foire d’art contemporain ça vous évoque quoi ? Vous comprenez mon désarroi, ou vous vous en tamponnez ?
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21.04.2008
Question : Qu’y a-t-il de pire qu’un artiste ?
Réponse : Non, pas son attachée de presse (mais on va y revenir), mais sa femme ! A chaque expo, tout le staff d’un artiste se déplace à la galerie. De tous ses membres, la femme/concubine/amante/meuf du gus est le plus redoutable. Et bien présente. Du genre que si on l’écoutait, c’est elle qui ferait la scéno. Non mais on rêve ? Le pire c’est la femme entre deux âges, voyant débarquer une jeune assistante blonde (en l’occurrence moi) qui va bosser pendant une semaine entière - soirées comprises - avec son homme.
A ce stade là, oui on peut le dire, c’est le drame. La femme refuse de quitter la galerie, elle qui d’habitude se sent assez détachée du travail de son mec. Elle le suit même aux toilettes, des fois que l’assistante aurait pile envie d’aller faire pipi au même moment. Elle refuse d’aller chercher la bouffe réclamée par son cher et tendre, des fois que la blonde essaierait de tester avec lui la solidité des toiles. Elle répond même à la place de son mari aux questions posées, des fois que la conversation dérape en même temps que la bouche de l’artiste et de son interlocutrice.
Et ça, à chaque fois, ça me casse les couilles. Et ça, à chaque fois, je n’y coupe pas en plus. Donc quitte à passer pour une salope aux yeux de sa nana, pourquoi ne pas vraiment l’être ? Elle se trouve confortée dans l’idée que les filles en galeries sont riens que des filles de mauvaise vie, et moi ça m’amuse.
J’ai donc mis au point une technique assez particulière qui fait ses preuves : la technique dite « de la provocation ». La femme de P.C en est encore toute retournée. Son peintre de mari doit venir en cachette à la galerie sinon c’est crise de nerfs. La technique de la provocation, comme son nom l’indique, a pour but de provoquer l’ennemi. Quand un jour, la nana de A.C m’a dit qu’elle trouvait que ma robe était un peu courte et que bon, hein, heureusement que j’avais un « caleçon » en dessous (c’est des leggings pauvre conne), bin j’ai enlevé mes collants. Ouaip. Bah elle a pas aimé. En plus y’avait pas mal de dessins à encadrer ce jour là. Alors je me penchais bien consciencieusement sur le cadre pour bien m’appliquer. Et je crois que le lendemain j’avais réitéré, mais que j’avais pas mis de culotte… mais un string.
Ce qui est très fort également, c’est d’ignorer la nana de l’artiste quand elle répond à sa place. Quand on met en place la scéno, et que je demande si on met telle ou telle toile sur ce mur, la nana parle à la place de son mari. Toujours. Invariablement. Lui, bonne poire, fait « hum hum, ouais ». Je fais mine de ne rien avoir entendu, je zappe de mon champs de vision l’indésirable, et redemande avec une voix suave au gus : « Alors, la rouge ou la bleue ? ». Idem pour les questions techniques : dimensions, technique, prix, … A la fin de la journée, c’est la guerre des tranchées. Et souvent le soir du vernissage c’est carrément le Vietnam.
Et vous, vous avez déjà eu à faire face à des furies qui pensent qu’on veut leur voler leur mari ? Alors que non ?
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10.04.2008
L’artiste, cet être lunaire
Ce soir vernissage. On expose un jeune peintre qui ressemble à s’y méprendre à une énorme paire de couilles - vous regardez trop les Nuls à Toulouse Lautrec. Il est tout petit, tout maigre, avec un début de calvitie et une petite barbiche de sage chinois. Il a à peine trente ans, mais s’emble s’être égaré dans le temps. Il porte des marinières et peint notamment des écluses.
Avec mon boss, notre passe temps favori, c’est de l’appeler dans le but unique de tomber sur sa messagerie pour entendre ça : « Bonjoureeeuueeehhh! Vous êtes sur la … euh messagerie ! De crackers de Belin ! Si vous voulez me laissez ….euh un message, laissez le moi ! … Je vous en remer…cirai … en vous rappelant …. Et pis beaucoup d’bonheur …. Euh et à bientôt ! ». Le tout dit avec une voix de golmon. On est rien que deux gros connards de mettre le haut parleur pour réciter le message en même temps, pliées en deux, avec une grosse envie de faire pipi dans nos culottes. Même que hier aprèm, mon boss a tellement ri qu’il a fait un prout. « Pas classe » diraient les Robins des Bois.
On se marre, on se marre, mais on appréhende grave le vernissage de ce soir. Car l’artiste est un être à part. L’artiste est dans son monde. Monde inaccessible, au demeurant, au commun des mortels. Crackers de Belin, nous le nommerons ainsi, est ce qu’on appelle un être à part. Y’en a qui dise un « être rare », y’en a d’autre qui préfère « une étrangeté ». C’est pas beau de dire ça, mais force est de constater que le pierrot est lunaire.
Hier soir quand j’essayais d’établir avec lui une fiche des prix, il m’a sorti d’un coup : « Moi en fait je suis un peu comme les lapins… Vous savez quand vous lancez une salade et que le lapin saute dessus 5 minutes après ! ». Ça m’a laissé sans voix. Pire j’ai eu un début de fou rire. Et bah il a rit avec moi dis donc ! Tout ça pour vous dire que ce soir je vais filmer le vernissage et envoyer le tout à Arte. Chuis sûre que ça peut faire un film d’art et d’essai.
Vous en avez déjà vu de près, des « vrais » artistes ? Bin ils ont tous un grain.
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28.03.2008
Do you speak « Koundévitchs » ?
Mercredi. 15H. Une galerie dans le 8°. Un mec qui sonne. Un fille qui lui ouvre. Et là commence un dialogue surréaliste, genre film de la nouvelle vague, mais sous acide.
Lui : Bonjour ! Ah mais ! Ah mais ! C’est la nouvelle expo ?
Moi : Oui. Absolument. Vous avez reçu notre newsletter ?
Lui : Ah mais pourquoi on dit newsletter, hein ? Pourquoi on dit pas « lettre pleine de bonnes nouvelles », pasque c’est des bonnes nouvelles une nouvelle expo, hein ?
- Heu… Oui !
- Silence et regard pesant du gus : Han vous êtes mignonne hein. Vous ressemblez à cette femme sur cette toile.
- Ha heum, heu bon peut être pas quand même ! (la toile c’est un nu assez suggestif vous voyez)
- Hé bien vous savez pas ? Je suis artiste peintre moi aussi !
- Tiens donc ! Comme c’est intéressant ! (celle là on me la fait au moins trois fois par jour)
- Oui ! Et vous savez ce que je peins ?
- Nooon, mais ça doit être fascinant (ironie ? Où ça ?)
- Ouiiii, c’est fascinant ! Je peins des femmes « koundévitchs » !
- …
- Et j’aimerais beaucoup que vous posiez pour moi ! On sent le koundévitch en vous. Ah oui c’est sûr, il est très présent !
- Écoutez, je sais que c’est facile le coup du koundévitch en art contemporain… Même si c’est pas une référence, tout le monde a vu les trois frères !
- Ah oui ? Vous avez trois frères ? J’aurais juré que vous étiez fille unique !
- heu … (putain mais ce mec est un psychopathe, comment il sait ça ?!)
- Moi le koundévitch c’est comme le goutchoun, c’est ma création propre.
- Bon, allez quoi …
- Chez vous je sens une grande sensibilité… Vous croyez en Diane, déesse de la chasse ?
- Quel rapport ? (Gravos le mec !)
- Les femmes koundévitchs ont une fragilité combative et je crois que…
- Moi je crois qu’on va en rester là.
- Ah mais ! Ah mais !
- Oui. Oui.
- Tenez ! Voici ma carte ! Si vous vous sentez l’âme d’une muse, rejoignez moi dans mon atelier !
- Ouiii évidemment ! (Putain mais comment je l’avais vu venir dès le début celle là !!)
Bien, vous avez fais le tour de l’expo ? Vous ne désirez pas acquérir d’œuvres ? Non ? Bon, au revoir monsieur.
Cas classique de l’artiste allumé, voulant réveiller le koundévitch qui est en toi, et accessoirement te baiser. Fort non ?
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18.03.2008
De l’art difficile de transporter des œuvres

Vendredi dernier. 17H. Mon boss arrive guilleret à la galerie. Je lui demande la cause de sa bonne humeur. Il n’entend pas ma question car il bleugle chante « Emmenez moi au bout de la teeeeeeerre ». Je lui fait des grands gestes pour qu’il cesse de chanter. Il me dit : « hum ? ». Je lui réponds : « Il me semble que la misèèèèère, me serait moins pénible au soleil ! ». On se marre comme deux cons. Bon , qu’il me dit, vous allez maintenant vraiment vous marrer : vous apportez cette œuvre de S.A à la galerie Smock pour l’expo Grunch. Grounch, je lui réponds, les œuvres ne sont pas prises en charge par un transporteur ? Haahaaha mais si vous saviez le nombre d’œuvres qui transitent par métro, vous en auriez le cul par terre ! Keuhaaa ? Je croasse. Il me raconte comment un jour il avait rencontré son pote Yvon L. dans le métro, tous les deux avaient une œuvre de 15 000 euros dans les bras, qu’ils livraient à des collectionneurs.
Bon, c’est parti pour le transport de la toile. Manque de cul de pot, on n’a plus de kraft et de papier boule pour emballer l’œuvre. C’est pas grave, me dit mon boss, allez y comme ça. Mouais. Mouais mouais mouais. Il pleut, c’est bientôt l’heure de pointe, et il va falloir que je joue des coudes dans le métro avec une œuvre à 9 000. Fastoche. Mon boss me dit « allez ça va aller, vous voulez un petit lexomil ? ». Je dit non mais pense très fort oui.
10 minutes plus tard je suis dans la rue avec une énorme toile sous le bras. Les passants me regardent cheminer difficilement vers le métro le plus proche. Arrivée dans le métro, les galères commencent. Je cherche mon pass navigo perdu dans mon sac sans fond. Pour pas qu’on me pique la toile ou qu’elle tombe, je la coince entre mes cuisses. Oui. La grande classe. Là un vieux alcoolo me lance : « hééééééééé mais on va pas te la voler ta merdeeeee !!! ». Je lui réponds : « Hé connard, cette merde vaut plus que ta femme et tes gosses réunis ! » Merde, je suis folle ou quoi ? Vite j’essaie de passer le tourniquet avec la toile, trop grande, qui reste bloquée. Je panique. Je vois l’autre ivrogne se rapprocher. Je couine « Aidez moi ! » au papy devant moi. Passée de l’autre côté, papy me demande si c’est moi qui ai peint « le tableau ». Je lui dit que non. Il me dit : « Ah ben vous me rassurer pasqu’entre nous, ça casse pas des briques c’tenjin là ! Ma ptite fille aurait fait mieux ». Je souris. Cas classique. L’incompréhension de l’art contemporain.
Sur le quai, les gens me regardent. Bizarrement. Un jeune chevelu me demande si je fais les Beaux Arts. Je lui dit non, c’est juste une œuvre à destination d’une galerie. Il me dit que ça lui rappelle Vlaminck. Je souris. Cas classique. L’obstination de classer les œuvres dans des courants artistiques. Dans le métro. La guerre. Je prends méga de la place avec la toile. Un tecktonikeur et ses potes moulinent des bras dangereusement Je leur dit « calmos, y’en a pour 9 000 euros à côté de moi ». Il me répondent : 9 000 euros ? Sérieux ? C’est quoi ? C’est Picasso ? Trop lol !!!! Je me dis que la jeunesse est tombée bien bas. Deux secondes après je me dit que je résonne comme une vieille conne.
Station Montparnasse. Y’a des gens avec des valises énormes !!!! Ça devrait être interdit ! Je panique et m’entends dire tout haut : « ha mais nan, il ne peuvent PAS rentrer !! ». « Et pourquoi pas ?, me rétorque une grosse mama à côté, ils ont payé leur tiquet hein, comme tout le monde hein ! ». OK. Je la ferme. Je dis « attention non mais attention là, merde attention làààààààààààà » à tous les voyageurs qui montent et descendent. Un rupin manque d’embrocher la toile avec sa besace Vuitton. Trop de stress s’étant accumulé je beugle : « non mais tu pourrais pas faire gaffe connard ? Tu sais pour combien y’en a là ? C’est une œuvre d’art ça, pas un souvenir de vacances ! ». Il me toise et me dit : « de toute façon, excusez moi du peu, mais je m’en branle moi de l’art. ». Je m’entends crier « encuuuulééééééééééééé !!!!!!!!! ». Tout le wagon se délecte de la scène et m’observe avec une curiosité malsaine. J’en envie de disparaître sous terre.
Encore six stations. Putain. J’essaie de me faire discrète. C’est sans compter sur l’intérêt grandissant que je provoque avec ma toile à 9 000. J’entends les gens parler dans mon dos. Je psychotte. J’ai l’impression que tout le wagon ne regarde QUE moi et ne parle QUE de moi. Je suis en pleine crise de paranoïa. J’arrive à la galerie Schmock, je dépose l’œuvre et discute un peu avec le galeriste. Puis je rentre en bus. Trop peur de m’afficher à nouveau. Rentrée à la galerie, mon boss me demande comment s’est passé le transport. Je dis « bien, mais finalement je prendrais bien un petit lexomil ».
La prochaine fois, juré, je prends un taxi !
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18.02.2008
De l’art d’être une bonne assistante de galerie
Parce que vendre des toiles ça ne s’improvise pas, je vais vous donner quelques pistes sur ce fabuleux métier de galeriste.
- Tout d’abord, être toujours make/dress/upée. Le physique compte, ah si vous saviez ! L’art se veut profond, mais est très superficiel comme milieu. Bon, je ne vous refais pas le couplet « comment s’habiller dans une galerie ». Si vous ne savez pas, lisez ça. Vous voyez la blonde qui fait graouu ? Eh ben elle a tout bon : all in black, talons, cheveux longs, et sexy grrrr attitude. C’est moi en fait.
- Connaître ses classiques. Parce que tout artiste, aussi « contemporain » ou se définissant détaché de quelconque courant, se réfère toujours (consciemment ou inconsciemment) à l‘esthétique, au travail, à l’influence d’un autre. C’est comme ça. On y coupe pas. Ouais. Ça s’appelle l’héritage culturel, on apprend ça à la Fac sous la dénomination « d’Histoire de l’Art » ou « d’Esthétique ». Si tu connais ton Duchamps, à l’aise que tu piges ton Messager. Annette, hein.
- Avoir lu Freud. Afin d’anticiper et de manipuler sournoisement le collectionneur en face de toi. Coz une toile à 20 000 euros, normal qu’il se pose plein de questions. Il s’engage, se retire, hésite, dit « oui », puis « en fait non », puis « je sais pas », puis « ma femme n’aime pas ». Là, si tu lui dit poses les bonnes questions et que tu lui sors les bonnes phrases au bon moment, c’est gagné. Enfin en principe… car il y a sa femme !
- Ah ! La femme du collectionneur ! Very important ! Si la femme du collectionneur n’aime pas cette toile, achat il n’y a pas. Même si son notaire lui a dit « vas y fonce, dans dix ans tu la vends le triple », même si son décorateur lui a dit « vas y fonce, dans ton salon ce sera parfait », et même si son cœur fait boum. La femme a toujours le dernier mot. Cruel.
- Inversement, si une femme traîne son mari à la galerie, pour lui montrer la toile qu’elle a repéré mardi « et qui serait siiii démente dans le loft d’Ibiza », sûre que c’est vendu.
- Donc là, on retient qu’il est important de se positionner en tant qu’amie et non rivale de la femme du collectionneur. Là aussi, une louche de plus de Lacan, et c’est bon. Néanmoins, en vrai, c’est plus ardu.
- Être complice avec son boss, coz c’est lui qui te verse le pourcentage des ventes que tu as fait. Mais pas trop, sinon il va prendre ça pour une invitation, pire à une incitation à aller dans la réserve tous les deux. Voir, comme par hasard, si le Keith Haring est toujours là. Voyez l’genre.
Alors ? Vous y voyez plus clair ? Galeriste, ça vous tente ?
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15.02.2008
Drouot, Part II - Le service de magasinage
Cette semaine est décidément démente. Je ne dors plus, ne mange plus, suis complètement stressée. D’où l’absence de billets promis, mais je vous jure que je me rattraperai. Donc depuis lundi, je cours Paris au bon vouloir de mon boss. Il peut être extrêmement cool, comme vous avez pu le constater, mais peut s’avérer hypra exigent. Il ne me laisse alors aucun répit. C’est la folie à la galerie. Entre le lancement d’un mag, la préparation d’une foire, le finissage de l’expo, l’organisation de la prochaine, la communication, je n’arrête pas. En quatre jours, je n’ai du dormir que dix heures. Quand on sait qu’il me faut mes huit heures par nuit, on comprend mieux ce qui suit.
Hier. Hôtel Drouot. Je poirotte depuis trois heures pour une, oui, une seule toile d’un obscur peintre américain (qui au demeurant peint avec ses pieds. Ouais. A chier je vous dis). Bon. J’obtiens l’enchère. Avec difficulté, rapport à un petit papi qui se borne à vouloir surenchérir systématiquement au dessus moi. Je ne sais pas ce qui l’énerve le plus, que je sois une femme, jeune, ou plus experte que lui en la matière. Ouais. Le gus a clamé lors de la présentation de la toile : « Ah ! Mais N.L est aussi musicien de rock ! ». Et je me suis bien foutue de sa gueule. Mais de manière ostentatoire, vous voyez. Bref, il a pas apprécié.
Donc, une fois l’œuvre officiellement à moi, ou plutôt à la galerie, je me rends en fin de journée (rapport aux aller-retour galerie / machin chose) au service de magasinage de Drouot, pour retirer l’œuvre et la régler. Je rentre. « Bonjour » dis-je. Aucune réponse. Ah ! J’ai omis une information capitale : au service de magasinage, ce ne sont rien que des gros enculés. Genre qui te font remarquer combien l’œuvre que tu as acheté est une merde, ou combien tu as payé cher pour un truc qui, il y a deux semaines, s’est vendu moitié prix. Ils adorent également te signaler combien de jours de retard tu as pour le paiement. Et de t’ajouter chaque jour des intérêts qui feraient rougir ta banque.
Donc, bonjour dis-je, à la mégère en face de moi.
- ….. (silence)
- heu hahem bonjour !!
- …… (regard méprisant)
- Bonjour !
- ….. (à son collègue : non mais qu’est-ce qu’elle veut celle là ?)
- Bonjour
- Vous êtes ?
- BONJOUR (là je commence sérieusement à péter un câble)
- Mais quoi bonjour ? Vous voulez quoi à la fin ? Vous ne voyez pas que nous sommes débordés ? On a le temps nous, pour des causeries, nous ? Hein ?
- Je ne sais pas si vous avez le temps pour les causeries mais vous devriez avoir au moins le temps pour la courtoisie ! (là je sens que je vais vraiment dire n’importe quoi si ça continue)
- Comment ? Répétez un peu petite péronnelle (sic)
- NON MAIS CA VOUS ECORCHERAIT LA GUEULE DE DIRE BONJOUR ???? (ce n’est pas moi qui ai dit ça, si je vous jure !)
- …… (silence de mort)
- …… ( rouge de honte)
- Excusez moi mademoiselle. Bonjour. Mais nous sommes tellement débordés que… parfois …
Bon, j’ai payé et je me suis cassée sec. Non mais vous imaginez la scène ?
PS : Mon boss a hurlé de rire quand je lui ai raconté, et m’a dit : « Maintenant, vous avez tout Drouot à vos pieds ! ». Soit.
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