23.05.2008
En fait, y’a pas de justice sur terre
Qui c’est qui taffe comme une malade pour préparer Art Basel… mais uniquement pour son boss … parce qu’elle n’ira pas… afin d’assurer le bonne marche de la galerie à Paris ? C’est bibi. Ouais. Comment je suis deg. OK c’est seulement quatre jours à Bâle, mais bon les boules (oh rime/jeu de mots/totale éclate sa mère). Voilà. C’était juste pour geindre sur mon sort, et accessoirement pour vous prévenir que taffant au delà des limites humaines, je risque de déserter juste un peu la toile…
Et vous ? Une foire d’art contemporain ça vous évoque quoi ? Vous comprenez mon désarroi, ou vous vous en tamponnez ?
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21.04.2008
Question : Qu’y a-t-il de pire qu’un artiste ?
Réponse : Non, pas son attachée de presse (mais on va y revenir), mais sa femme ! A chaque expo, tout le staff d’un artiste se déplace à la galerie. De tous ses membres, la femme/concubine/amante/meuf du gus est le plus redoutable. Et bien présente. Du genre que si on l’écoutait, c’est elle qui ferait la scéno. Non mais on rêve ? Le pire c’est la femme entre deux âges, voyant débarquer une jeune assistante blonde (en l’occurrence moi) qui va bosser pendant une semaine entière - soirées comprises - avec son homme.
A ce stade là, oui on peut le dire, c’est le drame. La femme refuse de quitter la galerie, elle qui d’habitude se sent assez détachée du travail de son mec. Elle le suit même aux toilettes, des fois que l’assistante aurait pile envie d’aller faire pipi au même moment. Elle refuse d’aller chercher la bouffe réclamée par son cher et tendre, des fois que la blonde essaierait de tester avec lui la solidité des toiles. Elle répond même à la place de son mari aux questions posées, des fois que la conversation dérape en même temps que la bouche de l’artiste et de son interlocutrice.
Et ça, à chaque fois, ça me casse les couilles. Et ça, à chaque fois, je n’y coupe pas en plus. Donc quitte à passer pour une salope aux yeux de sa nana, pourquoi ne pas vraiment l’être ? Elle se trouve confortée dans l’idée que les filles en galeries sont riens que des filles de mauvaise vie, et moi ça m’amuse.
J’ai donc mis au point une technique assez particulière qui fait ses preuves : la technique dite « de la provocation ». La femme de P.C en est encore toute retournée. Son peintre de mari doit venir en cachette à la galerie sinon c’est crise de nerfs. La technique de la provocation, comme son nom l’indique, a pour but de provoquer l’ennemi. Quand un jour, la nana de A.C m’a dit qu’elle trouvait que ma robe était un peu courte et que bon, hein, heureusement que j’avais un « caleçon » en dessous (c’est des leggings pauvre conne), bin j’ai enlevé mes collants. Ouaip. Bah elle a pas aimé. En plus y’avait pas mal de dessins à encadrer ce jour là. Alors je me penchais bien consciencieusement sur le cadre pour bien m’appliquer. Et je crois que le lendemain j’avais réitéré, mais que j’avais pas mis de culotte… mais un string.
Ce qui est très fort également, c’est d’ignorer la nana de l’artiste quand elle répond à sa place. Quand on met en place la scéno, et que je demande si on met telle ou telle toile sur ce mur, la nana parle à la place de son mari. Toujours. Invariablement. Lui, bonne poire, fait « hum hum, ouais ». Je fais mine de ne rien avoir entendu, je zappe de mon champs de vision l’indésirable, et redemande avec une voix suave au gus : « Alors, la rouge ou la bleue ? ». Idem pour les questions techniques : dimensions, technique, prix, … A la fin de la journée, c’est la guerre des tranchées. Et souvent le soir du vernissage c’est carrément le Vietnam.
Et vous, vous avez déjà eu à faire face à des furies qui pensent qu’on veut leur voler leur mari ? Alors que non ?
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10.04.2008
L’artiste, cet être lunaire
Ce soir vernissage. On expose un jeune peintre qui ressemble à s’y méprendre à une énorme paire de couilles - vous regardez trop les Nuls à Toulouse Lautrec. Il est tout petit, tout maigre, avec un début de calvitie et une petite barbiche de sage chinois. Il a à peine trente ans, mais s’emble s’être égaré dans le temps. Il porte des marinières et peint notamment des écluses.
Avec mon boss, notre passe temps favori, c’est de l’appeler dans le but unique de tomber sur sa messagerie pour entendre ça : « Bonjoureeeuueeehhh! Vous êtes sur la … euh messagerie ! De crackers de Belin ! Si vous voulez me laissez ….euh un message, laissez le moi ! … Je vous en remer…cirai … en vous rappelant …. Et pis beaucoup d’bonheur …. Euh et à bientôt ! ». Le tout dit avec une voix de golmon. On est rien que deux gros connards de mettre le haut parleur pour réciter le message en même temps, pliées en deux, avec une grosse envie de faire pipi dans nos culottes. Même que hier aprèm, mon boss a tellement ri qu’il a fait un prout. « Pas classe » diraient les Robins des Bois.
On se marre, on se marre, mais on appréhende grave le vernissage de ce soir. Car l’artiste est un être à part. L’artiste est dans son monde. Monde inaccessible, au demeurant, au commun des mortels. Crackers de Belin, nous le nommerons ainsi, est ce qu’on appelle un être à part. Y’en a qui dise un « être rare », y’en a d’autre qui préfère « une étrangeté ». C’est pas beau de dire ça, mais force est de constater que le pierrot est lunaire.
Hier soir quand j’essayais d’établir avec lui une fiche des prix, il m’a sorti d’un coup : « Moi en fait je suis un peu comme les lapins… Vous savez quand vous lancez une salade et que le lapin saute dessus 5 minutes après ! ». Ça m’a laissé sans voix. Pire j’ai eu un début de fou rire. Et bah il a rit avec moi dis donc ! Tout ça pour vous dire que ce soir je vais filmer le vernissage et envoyer le tout à Arte. Chuis sûre que ça peut faire un film d’art et d’essai.
Vous en avez déjà vu de près, des « vrais » artistes ? Bin ils ont tous un grain.
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28.03.2008
Do you speak « Koundévitchs » ?
Mercredi. 15H. Une galerie dans le 8°. Un mec qui sonne. Un fille qui lui ouvre. Et là commence un dialogue surréaliste, genre film de la nouvelle vague, mais sous acide.
Lui : Bonjour ! Ah mais ! Ah mais ! C’est la nouvelle expo ?
Moi : Oui. Absolument. Vous avez reçu notre newsletter ?
Lui : Ah mais pourquoi on dit newsletter, hein ? Pourquoi on dit pas « lettre pleine de bonnes nouvelles », pasque c’est des bonnes nouvelles une nouvelle expo, hein ?
- Heu… Oui !
- Silence et regard pesant du gus : Han vous êtes mignonne hein. Vous ressemblez à cette femme sur cette toile.
- Ha heum, heu bon peut être pas quand même ! (la toile c’est un nu assez suggestif vous voyez)
- Hé bien vous savez pas ? Je suis artiste peintre moi aussi !
- Tiens donc ! Comme c’est intéressant ! (celle là on me la fait au moins trois fois par jour)
- Oui ! Et vous savez ce que je peins ?
- Nooon, mais ça doit être fascinant (ironie ? Où ça ?)
- Ouiiii, c’est fascinant ! Je peins des femmes « koundévitchs » !
- …
- Et j’aimerais beaucoup que vous posiez pour moi ! On sent le koundévitch en vous. Ah oui c’est sûr, il est très présent !
- Écoutez, je sais que c’est facile le coup du koundévitch en art contemporain… Même si c’est pas une référence, tout le monde a vu les trois frères !
- Ah oui ? Vous avez trois frères ? J’aurais juré que vous étiez fille unique !
- heu … (putain mais ce mec est un psychopathe, comment il sait ça ?!)
- Moi le koundévitch c’est comme le goutchoun, c’est ma création propre.
- Bon, allez quoi …
- Chez vous je sens une grande sensibilité… Vous croyez en Diane, déesse de la chasse ?
- Quel rapport ? (Gravos le mec !)
- Les femmes koundévitchs ont une fragilité combative et je crois que…
- Moi je crois qu’on va en rester là.
- Ah mais ! Ah mais !
- Oui. Oui.
- Tenez ! Voici ma carte ! Si vous vous sentez l’âme d’une muse, rejoignez moi dans mon atelier !
- Ouiii évidemment ! (Putain mais comment je l’avais vu venir dès le début celle là !!)
Bien, vous avez fais le tour de l’expo ? Vous ne désirez pas acquérir d’œuvres ? Non ? Bon, au revoir monsieur.
Cas classique de l’artiste allumé, voulant réveiller le koundévitch qui est en toi, et accessoirement te baiser. Fort non ?
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18.03.2008
De l’art difficile de transporter des œuvres

Vendredi dernier. 17H. Mon boss arrive guilleret à la galerie. Je lui demande la cause de sa bonne humeur. Il n’entend pas ma question car il bleugle chante « Emmenez moi au bout de la teeeeeeerre ». Je lui fait des grands gestes pour qu’il cesse de chanter. Il me dit : « hum ? ». Je lui réponds : « Il me semble que la misèèèèère, me serait moins pénible au soleil ! ». On se marre comme deux cons. Bon , qu’il me dit, vous allez maintenant vraiment vous marrer : vous apportez cette œuvre de S.A à la galerie Smock pour l’expo Grunch. Grounch, je lui réponds, les œuvres ne sont pas prises en charge par un transporteur ? Haahaaha mais si vous saviez le nombre d’œuvres qui transitent par métro, vous en auriez le cul par terre ! Keuhaaa ? Je croasse. Il me raconte comment un jour il avait rencontré son pote Yvon L. dans le métro, tous les deux avaient une œuvre de 15 000 euros dans les bras, qu’ils livraient à des collectionneurs.
Bon, c’est parti pour le transport de la toile. Manque de cul de pot, on n’a plus de kraft et de papier boule pour emballer l’œuvre. C’est pas grave, me dit mon boss, allez y comme ça. Mouais. Mouais mouais mouais. Il pleut, c’est bientôt l’heure de pointe, et il va falloir que je joue des coudes dans le métro avec une œuvre à 9 000. Fastoche. Mon boss me dit « allez ça va aller, vous voulez un petit lexomil ? ». Je dit non mais pense très fort oui.
10 minutes plus tard je suis dans la rue avec une énorme toile sous le bras. Les passants me regardent cheminer difficilement vers le métro le plus proche. Arrivée dans le métro, les galères commencent. Je cherche mon pass navigo perdu dans mon sac sans fond. Pour pas qu’on me pique la toile ou qu’elle tombe, je la coince entre mes cuisses. Oui. La grande classe. Là un vieux alcoolo me lance : « hééééééééé mais on va pas te la voler ta merdeeeee !!! ». Je lui réponds : « Hé connard, cette merde vaut plus que ta femme et tes gosses réunis ! » Merde, je suis folle ou quoi ? Vite j’essaie de passer le tourniquet avec la toile, trop grande, qui reste bloquée. Je panique. Je vois l’autre ivrogne se rapprocher. Je couine « Aidez moi ! » au papy devant moi. Passée de l’autre côté, papy me demande si c’est moi qui ai peint « le tableau ». Je lui dit que non. Il me dit : « Ah ben vous me rassurer pasqu’entre nous, ça casse pas des briques c’tenjin là ! Ma ptite fille aurait fait mieux ». Je souris. Cas classique. L’incompréhension de l’art contemporain.
Sur le quai, les gens me regardent. Bizarrement. Un jeune chevelu me demande si je fais les Beaux Arts. Je lui dit non, c’est juste une œuvre à destination d’une galerie. Il me dit que ça lui rappelle Vlaminck. Je souris. Cas classique. L’obstination de classer les œuvres dans des courants artistiques. Dans le métro. La guerre. Je prends méga de la place avec la toile. Un tecktonikeur et ses potes moulinent des bras dangereusement Je leur dit « calmos, y’en a pour 9 000 euros à côté de moi ». Il me répondent : 9 000 euros ? Sérieux ? C’est quoi ? C’est Picasso ? Trop lol !!!! Je me dis que la jeunesse est tombée bien bas. Deux secondes après je me dit que je résonne comme une vieille conne.
Station Montparnasse. Y’a des gens avec des valises énormes !!!! Ça devrait être interdit ! Je panique et m’entends dire tout haut : « ha mais nan, il ne peuvent PAS rentrer !! ». « Et pourquoi pas ?, me rétorque une grosse mama à côté, ils ont payé leur tiquet hein, comme tout le monde hein ! ». OK. Je la ferme. Je dis « attention non mais attention là, merde attention làààààààààààà » à tous les voyageurs qui montent et descendent. Un rupin manque d’embrocher la toile avec sa besace Vuitton. Trop de stress s’étant accumulé je beugle : « non mais tu pourrais pas faire gaffe connard ? Tu sais pour combien y’en a là ? C’est une œuvre d’art ça, pas un souvenir de vacances ! ». Il me toise et me dit : « de toute façon, excusez moi du peu, mais je m’en branle moi de l’art. ». Je m’entends crier « encuuuulééééééééééééé !!!!!!!!! ». Tout le wagon se délecte de la scène et m’observe avec une curiosité malsaine. J’en envie de disparaître sous terre.
Encore six stations. Putain. J’essaie de me faire discrète. C’est sans compter sur l’intérêt grandissant que je provoque avec ma toile à 9 000. J’entends les gens parler dans mon dos. Je psychotte. J’ai l’impression que tout le wagon ne regarde QUE moi et ne parle QUE de moi. Je suis en pleine crise de paranoïa. J’arrive à la galerie Schmock, je dépose l’œuvre et discute un peu avec le galeriste. Puis je rentre en bus. Trop peur de m’afficher à nouveau. Rentrée à la galerie, mon boss me demande comment s’est passé le transport. Je dis « bien, mais finalement je prendrais bien un petit lexomil ».
La prochaine fois, juré, je prends un taxi !
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18.02.2008
De l’art d’être une bonne assistante de galerie
Parce que vendre des toiles ça ne s’improvise pas, je vais vous donner quelques pistes sur ce fabuleux métier de galeriste.
- Tout d’abord, être toujours make/dress/upée. Le physique compte, ah si vous saviez ! L’art se veut profond, mais est très superficiel comme milieu. Bon, je ne vous refais pas le couplet « comment s’habiller dans une galerie ». Si vous ne savez pas, lisez ça. Vous voyez la blonde qui fait graouu ? Eh ben elle a tout bon : all in black, talons, cheveux longs, et sexy grrrr attitude. C’est moi en fait.
- Connaître ses classiques. Parce que tout artiste, aussi « contemporain » ou se définissant détaché de quelconque courant, se réfère toujours (consciemment ou inconsciemment) à l‘esthétique, au travail, à l’influence d’un autre. C’est comme ça. On y coupe pas. Ouais. Ça s’appelle l’héritage culturel, on apprend ça à la Fac sous la dénomination « d’Histoire de l’Art » ou « d’Esthétique ». Si tu connais ton Duchamps, à l’aise que tu piges ton Messager. Annette, hein.
- Avoir lu Freud. Afin d’anticiper et de manipuler sournoisement le collectionneur en face de toi. Coz une toile à 20 000 euros, normal qu’il se pose plein de questions. Il s’engage, se retire, hésite, dit « oui », puis « en fait non », puis « je sais pas », puis « ma femme n’aime pas ». Là, si tu lui dit poses les bonnes questions et que tu lui sors les bonnes phrases au bon moment, c’est gagné. Enfin en principe… car il y a sa femme !
- Ah ! La femme du collectionneur ! Very important ! Si la femme du collectionneur n’aime pas cette toile, achat il n’y a pas. Même si son notaire lui a dit « vas y fonce, dans dix ans tu la vends le triple », même si son décorateur lui a dit « vas y fonce, dans ton salon ce sera parfait », et même si son cœur fait boum. La femme a toujours le dernier mot. Cruel.
- Inversement, si une femme traîne son mari à la galerie, pour lui montrer la toile qu’elle a repéré mardi « et qui serait siiii démente dans le loft d’Ibiza », sûre que c’est vendu.
- Donc là, on retient qu’il est important de se positionner en tant qu’amie et non rivale de la femme du collectionneur. Là aussi, une louche de plus de Lacan, et c’est bon. Néanmoins, en vrai, c’est plus ardu.
- Être complice avec son boss, coz c’est lui qui te verse le pourcentage des ventes que tu as fait. Mais pas trop, sinon il va prendre ça pour une invitation, pire à une incitation à aller dans la réserve tous les deux. Voir, comme par hasard, si le Keith Haring est toujours là. Voyez l’genre.
Alors ? Vous y voyez plus clair ? Galeriste, ça vous tente ?
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15.02.2008
Drouot, Part II - Le service de magasinage
Cette semaine est décidément démente. Je ne dors plus, ne mange plus, suis complètement stressée. D’où l’absence de billets promis, mais je vous jure que je me rattraperai. Donc depuis lundi, je cours Paris au bon vouloir de mon boss. Il peut être extrêmement cool, comme vous avez pu le constater, mais peut s’avérer hypra exigent. Il ne me laisse alors aucun répit. C’est la folie à la galerie. Entre le lancement d’un mag, la préparation d’une foire, le finissage de l’expo, l’organisation de la prochaine, la communication, je n’arrête pas. En quatre jours, je n’ai du dormir que dix heures. Quand on sait qu’il me faut mes huit heures par nuit, on comprend mieux ce qui suit.
Hier. Hôtel Drouot. Je poirotte depuis trois heures pour une, oui, une seule toile d’un obscur peintre américain (qui au demeurant peint avec ses pieds. Ouais. A chier je vous dis). Bon. J’obtiens l’enchère. Avec difficulté, rapport à un petit papi qui se borne à vouloir surenchérir systématiquement au dessus moi. Je ne sais pas ce qui l’énerve le plus, que je sois une femme, jeune, ou plus experte que lui en la matière. Ouais. Le gus a clamé lors de la présentation de la toile : « Ah ! Mais N.L est aussi musicien de rock ! ». Et je me suis bien foutue de sa gueule. Mais de manière ostentatoire, vous voyez. Bref, il a pas apprécié.
Donc, une fois l’œuvre officiellement à moi, ou plutôt à la galerie, je me rends en fin de journée (rapport aux aller-retour galerie / machin chose) au service de magasinage de Drouot, pour retirer l’œuvre et la régler. Je rentre. « Bonjour » dis-je. Aucune réponse. Ah ! J’ai omis une information capitale : au service de magasinage, ce ne sont rien que des gros enculés. Genre qui te font remarquer combien l’œuvre que tu as acheté est une merde, ou combien tu as payé cher pour un truc qui, il y a deux semaines, s’est vendu moitié prix. Ils adorent également te signaler combien de jours de retard tu as pour le paiement. Et de t’ajouter chaque jour des intérêts qui feraient rougir ta banque.
Donc, bonjour dis-je, à la mégère en face de moi.
- ….. (silence)
- heu hahem bonjour !!
- …… (regard méprisant)
- Bonjour !
- ….. (à son collègue : non mais qu’est-ce qu’elle veut celle là ?)
- Bonjour
- Vous êtes ?
- BONJOUR (là je commence sérieusement à péter un câble)
- Mais quoi bonjour ? Vous voulez quoi à la fin ? Vous ne voyez pas que nous sommes débordés ? On a le temps nous, pour des causeries, nous ? Hein ?
- Je ne sais pas si vous avez le temps pour les causeries mais vous devriez avoir au moins le temps pour la courtoisie ! (là je sens que je vais vraiment dire n’importe quoi si ça continue)
- Comment ? Répétez un peu petite péronnelle (sic)
- NON MAIS CA VOUS ECORCHERAIT LA GUEULE DE DIRE BONJOUR ???? (ce n’est pas moi qui ai dit ça, si je vous jure !)
- …… (silence de mort)
- …… ( rouge de honte)
- Excusez moi mademoiselle. Bonjour. Mais nous sommes tellement débordés que… parfois …
Bon, j’ai payé et je me suis cassée sec. Non mais vous imaginez la scène ?
PS : Mon boss a hurlé de rire quand je lui ai raconté, et m’a dit : « Maintenant, vous avez tout Drouot à vos pieds ! ». Soit.
07:00 Publié dans Le guide de la galerie | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : Drouot, vente aux enchères, magasinage
07.02.2008
Les paradoxes du monde de l’Art
Il est désormais établit que l’Art est comme Dallas, à savoir un univers impitoyable. Mais savez vous également que l’Art est un monde paradoxal, limite aux frontières du réel ? Un exemple ?
- Le milieu est composé à 90% de femmes. Néanmoins, ce sont les 10% restant qui dirigent. Si vous observez bien, il n’y a presque que des conservateurs de musées, des directeurs de centres d’Art, des galeristes hommes. Ne parlons pas de Drouot, où je n’ai dû entrapercevoir qu’une dizaine de femmes commissaires.
- L’Art est un milieu caricatural au schéma machiste. Les assistantes sont des faire valoir, des putes, et bossent comme des chiennes. Seul la testostérone prend les décisions. Cependant, la testostérone demande systématiquement l’avis de la chienne avant de la prendre. La décision.
- L’Art est un milieu ou il y a du fric. Le galeriste se la joue « à l’aise ». Néanmoins on a pu observer en l’espace d’un mois, 13 dépôts de bilan de galeries dans le 8°.
- Les collectionneurs ont du flouze, vous imaginez même pas. Seulement plus ils sont friqués, plus ils paient avec des mois, voire une année de retard, même que ç’en est indécent.
- Dans l’Art, plus on a d’amis, plus on est en danger. Si on vous souris par devant, soyez sûr que l’on vous assassine par derrière. C’est la guerre des tranchées. On m'a rapporté que l'assistante de la galerie mup, avait affirmé que la nouvelle collaboratrice de bup (mon boss) était une vraie connasse. Deux heures avant on se faisait la bise et on causait fringues en s'appellant ma chérie.
- Les galeristes se connaissent tous entre eux. Tout le monde s'adooore par devant. Tout le monde se taille par derrière. Entendu récemment : « Yvon. L a déposé quatre fois le bilan ! Moi en 20 ans jamais ! C’est un « creep ». « Kamel. M a débuté avec sa valisette comme un ptit représentant commercial ! Sa réussite est encore un mystère ! ». « Agnaisse. B est une vraie connasse ! Passer des gilets à pression au graff en piquant les artistes des autres, c’est juste immonde ».
- Si tu réussis trop vite, des gens influents se précipitent autour de toi comme des mouches sur de la merde. Au bout de six mois si tu es toujours au top, ces mêmes personnes se font un plaisir de précipiter ta chute. Voyez pas que vous avez failli leur voler le premier rôle ? Non mais on rêve !
C’était un petit échantillon des paradoxes du milieu. Si vous le souhaitez, je pourrai allonger la liste facile. Vous voulez ?
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30.01.2008
Drouot - Part I - Ou « comment on ne vend pas que de l’art »

Promis depuis des lustres, un billet sur Drouot. Mais attention ! Pas n’importe quel billet. Un billet coup de gueule. Coup de gueule contre tous ces adorateurs de Mittérand, qui, hier, ont carrément pollué mon espace. Attendez, je viens pour repérer un lot et là je me retrouve nez à nez avec une foule dévote, venue au pèlerinage du feu président. Bon, curieuse je me dis que je vais jeter un œil, voir si on vend des anciennes estampes ou autre. Bah non. Non. Déjà impossible de pénétrer l’espace, on se serait cru à un concert de Madonna, avec des « fans » en furie. Y’avait un groupe de mamies émues aux larmes, les éléphants du PS étaient là (devoir de mémoire) et quelques personnalités puantes péroraient parce qu’elles avaient pu acquérir un chausson ou une robe de chambre.
Bah ouais, en plus c’était ses fringues qu’on vendait. Aucune œuvre d’art, et pourtant avec sa collec démente et tous les cadeaux des chefs d’État sur deux septennats, ça en fait de la babiole à vendre ! C’était d’ailleurs l’avis des assistants, les jeunes « pages » comme je les appelle, rapport à leur costume et leur gants blancs. Bon, ce n’était pas la première fois qu’une telle vente se produisait. Drouot c’est un peu comme la FoireFouille, on y vend de tout ! Les commissaires que je connais de vue m’ont snobé ces gros enculés, tellement ils étaient en représentation devant un parterre d’admirateurs.
Il faut dire aussi que Drouot c’est certes la place du marché de l'art au niveau mondial, en particulier pour les antiquités, mais c’est surtout le théâtre d’une jolie mascarade qui s’y joue quotidiennement. Tout les commissaires priseurs, les commissaires d’expo, les experts et les collectionneurs se connaissent, mais feignent de s’ignorer royalement. Et se prennent accessoirement pour des divinités grecques, alors qu’il sont juste des primus connardus. Je vous expliquerai pourquoi très prochainement…
Attendez, rassurez moi ! Vous n’auriez pas enchéri sur le slip de Mittérand, vous, si ?
07:00 Publié dans Le guide de la galerie | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : Drouot, vente aux enchères, vente Mittérand
21.01.2008
Bataille navale
Jeudi soir. 19H00. Un horrible rupin sonne à la porte de la galerie. Oui, on sonne d’abord, et si on veut, après on vous ouvre. Si vous avez l’air de sortir de Fleury on n’ouvre pas. Je sais c’est dégeu, mais c’est comme ça. Donc là en l’occurrence j’ouvre, vous pensez bien. De prime abord le mec a l’air puant. Une petite cinquantaine, cramé aux U.V, costume croisé et fleurant l’eau sauvage de Dior, sûrement déversée par litre. Il me regarde avec condescendance et me demande s’il peut parler au directeur. Je lui dit qu’il n’est pas là, mais que je peux tout aussi bien le renseigner.
- Vous ? Me sort-il, Mais vous n’êtes pas la responsable de la galerie… Vu votre jeune âge, enfin allons mademoiselle, non, je veux parler à quelqu'un du métier !
- Mais vous avez quelqu’un « du métier » devant vous cher monsieur !
- Hum… Ha Ouiiiiiii ??? Et comment ce fait-il que vous n’exposiez pas M.C ? Hum ? Pourtant c’est votre partie, non ?
- En effet, nous sommes spécialisés dans la nouvelle figuration, mais ce serait superflu de vous rappeler combien M.C est difficile à avoir…
- Moui, en effet… Mais j’ai lu que vous prépariez une expo pour l’anniversaire de la galerie, quels artistes seront présents ? Enfin, si toute fois vous le savez hinhinhin (rire de gros enculé)
- Eh bien seront présents P.C, S.P, M.B, A.T, les collectifs mip, mup, mop, et map, ainsi que M.C en l’occurrence.
- Ah ouiiiiiiiii ?
- Oui. Et nous devrions peut être avoir une toile de M.K.
- M.K ? Qui est dans la lignée directe de Kiefer ? Non ? Vous ne savez pas sans doute…
- Absolument, c’est dans la continuité directe du travail de Kiefer. D’ailleurs, je pense que vous savez qu’ils ont tout deux travaillé en référence à Paul Celan… Mais vous le saviez, j’en suis certaine !
- Heu… Paul Celan… Oui absolument !
- Bien ! Vous connaissez son travail alors ?
- Allons enfin mademoiselle, cela va de soit !
- Alors vous allez pouvoir m’éclairer sur un point, j’ai oublié sur quoi portait ses derniers travaux…
- Ha… heu… Laissez moi réfléchir, humm, et bien il y a eu une expo au Grand Palais, non ? Celan c’est de l’abstrait, non ?
- Non, Celan était un poète allemand. Kiefer et M.K lui ont rendu hommage dans leur peinture. Mais Celan n’a jamais peint de sa vie.
Touché - Coulé.
Le gus a tourné les talons sans dire au revoir, et a prétexté sa bagnole mal garée qu’il risquait de voir alignée.
C’est bon parfois les petites joutes comme ça, non ? Et oui, les apparences sont souvent trompeuses…
07:00 Publié dans Le guide de la galerie | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : galerie, art






































