14.01.2008
Chapitre 3 - acte II : « Le Vernissage »
La scène se passe dans une galerie renommée du 8°. L’ambiance est électrique, nous sommes à 1h du début du vernissage. Je suis bombardée dans tous les sens : mon boss me submerge d’informations sur les goûts et les habitudes des collectionneurs, des critiques et des artistes qui seront là ce soir.
- « Attention, L.F ne supporte pas d’être contredit ! S’il sort une énormité, approuvez ! Puis détournez la conversation ! Quant à JL. P, c’est un ancien critique du Figaro ; il n’a pas supporté de ne plus écrire pour eux, faîtes comme s’il faisait encore partie de la rédaction, ménagez le ! Bon, M.C va venir… Inutile de préciser que c’est le plus grand peintre contemporain français, hein… Heu, comment dire, il aime les jeunes femmes… charmantes…. Heu, donc, heu, … soyez très charmante avec lui, vu ? On aura peut être des chances de l’exposer chez nous ! Je compte sur vous ! »
- Mentalement je prends bonne note de tout ça, essaie de me concentrer, malgré un bruit de fond assez désagréable. L’artiste qui expose ce soir est là. Oui, il est là et entend le faire savoir. Donc depuis une heure il tourne en roue libre, et déblatère toute sa théorie, et que oui, son concept est complètement novateur, et que si on se réfère à Arasse, et bin… Je le coupe gentiment, en lui disant que j’au lu TOUT Daniel Arasse, et que donc sa science il peut aller le vendre ailleurs. Là il me dit que presque il m’aime, tellement une jeune femme qui a lu tout Arasse il n’a jamais vu ça, et qu’il aimerait que nous approfondissions ensemble une théorie sur laquelle il y a controverse. Je lui dis que je n’ai pas trop le temps, rapport à la somme de dossiers de presse à sortir pour 18h00.
- Début du vernissage. Une journaliste extrêmement désagréable me demande si je suis une vraie blonde. Je lui demande où est le rapport avec l’expo, et elle me sort que son mari l’a quitté pour une femme plus jeune ET blonde. Je la rassure en lui disant que je ruse avec des mèches. Elle me souris. Demain on aura un papier.
- L.F, notre plus gros collectionneur arrive, accompagné de deux amis, qui question finances sont « à l’aise ». Évidemment la grosse bourde ne se fait pas attendre, et je me retiens de pouffer quand le gus confond le travail de Nan Goldin avec celui de Cindy Sherman.
- JL.P est toujours au Figaro, d’ailleurs il y eu une conférence « endiablée hier au journal », me dit il. J’approuve, je souris. Intérieurement j’oscille entre un sentiment pathétique et comique de la situation.
- Arrive M.C. LE peintre français. Il ne me lâche pas de la soirée, m’appelle « vierge blonde », puis « vierge noire » rapport à ma robe en soie « couleur du néant, de la mort, de l’infini ». Il me prends par la taille, me caresse les cheveux. Mon boss me fait un clin d’œil et lève un pouce. Je suis une vierge infinie. Je touche Dieu me amis !
- L’artiste saoule les visiteurs, les collectionneurs et les critiques. Du coup, on picole pour se détendre. On boit. Beaucoup. Les hommes deviennent de plus en plus entreprenant, d’autant qu’ils ont pris le soin de laisser leurs épouses à la maison. V.B, un collectionneur, me précise que « cette gourde de Sabine n’a jamais rien compris à l’Art, pas comme vous ma chère ».
- On boit, on se sent bien, on fait des envolées lyriques, on disserte. Un photographe underground est venu avec des amis. Il m’explique qu’il fait de la photo « aléatoire ». Il appuie sur le viseur sans regarder ce qu’il fait. C’est de l’art, tu comprends ? Ce que je comprends surtout c’est que notre homme est trop bourré pour aligné deux phrases, marcher droit, et du coup prendre des photos.
- Je me marre. Du coup tout le monde s’extasie sur mon rire cristallin, sur mon sourire, sur le rayon de soleil que je suis dans cette galerie. On m’aura trouvé ce soir : énigmatique, spirituelle, charmante, érudite, glaciale mais sexy « en diable ». J’aurais eu comme appellation « vierge blonde », « vierge noire », « belle enfant », « toile vivante », « vous ressemblez à un Moreau ». A la fin de la soirée, mon boss me dit que ça y est. Dans l’art, j’y suis introduite. Complètement. Soit.
Vous aurez remarqué comme là aussi on aura vachement parlé du travail de l’artiste ? Le monde artistique, c’est simple au final, non ?
07:00 Publié dans Le guide de la galerie | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : vernissage, galerie d'art






















Commentaires
ça faisait un moment quand l'attendait cet article!
Je crois qu'ils n'ont pas eu tort nos amis les artistes avec leurs appelations, je retiens "la toile vivante et la vierge noire"...:))
j'avoue que c'est du boulo, il faut savoir les ménager ces artistes endiablés!
Ecrit par : ithaaa | 14.01.2008
Intéressant!!!!
alors j'en conclu que cette expo était composée de vieux frustrés narcissiques friands de viande fraiche et "naïve", pour compenser l'ennui et la castraion subie par leur légitime (laissée à la maison).
Le vernissage 8ème, c'est le vice ausi,mais tout en retenue...
Bien joué le coup de la blonde méchée!!!
Ecrit par : milla | 14.01.2008
Je pense que tu devrais demander une rallonge à ton patron en prenant comme argument tous ces "compliments" reçus. Etant donné que tu es le rayon de soleil de la galerie, tu as un standing à tenir et donc faire les soldes pour trouver des tenues adéquates aux futurs vernissages, sans parler des nouvelles collections qui vont bien arriver dans les magasins.
Eh oui, tu es la Vierge qui doit s'habiller en Prada.
Ecrit par : Angie | 14.01.2008
que du bonheur , beurk ...
enfin dans tous metiers il y a la regle des 80/20 80% d'emmerdes , 20% plaisirs.
et encore les vernissages sont sages on m'a raconté ceux des années 90 là c'était totalement space , dijoncté , allumé , obligation de repeindre les appartements prétés pour causes de marques de chaussures y compris sur les plafonds de 4m.
drogue à tous les étages , sex no limit
la démence , mais finalement là dedans on fait de l'art puisque tu cites nan goldin je pense à elle .
et puis même au milieu de tout cela il y a des gens sinceres et qui sont agréable, finalement le vernissage c'est le show il must go on , mais le plaisr c'est de voir evoluer le travail de l'artiste de succiter de vrai collectionneurs pas des gens venus pour le show mais parce qu'ils ont une vrai démarche.
he moi aussi j'ai lu beaucoup de daniel arase , qu'elle tristesse de l'avoir perdu.
Ecrit par : waid | 14.01.2008
Aussi époustouflant que l'episode 1, belle enfant. Moins chargé en cocaïne, mais aussi bien dosé en vice, comme dit milla.
Même pour le boulot, je ne sais pas si j'aimerais qu'on me prenne par la taille, arrghh ! ( surtout que l'ambiance est moins feutrée...)
Ecrit par : La Princesse | 14.01.2008
@ ithaa : au final, c'était bon d'attendre, hein ? ;-)
@ milla : tu as tout compris ! Bon, bien sûr pas que. Mais j'aime bien m'attarder sur les travers, c'est plus drole !
@ Angie : J'en parle dès demain à mon boss ! Pourquoi n'y ais-je pas pensé avant ???!!!! ;-))))
@ waid : Et oui, Arasse = génie. J'ai eu son "disciple" en séminaire à la fac, c'était juste passionnant.
@ La Princesse : wé le coup de je te prends par la taille j'ai eu du mal... j'aurais aimé lui mettre la main au cul pour qu'il voit l'effet que ça fait de se faire toucher comme ça. Mais tu me connais... je suis pro ;-)
Ecrit par : Lady D. | 14.01.2008
la plupart des gens de ce vernissage semblent un brin moins odieux que la plupart des gens du vernissage bobo-snob du 11 ème arrondissement mais bon, à choisir, les défilés de mode me semblent préférables (hum, là, j'me répète...)
Ecrit par : Jef (20six) | 14.01.2008
Pour tout conseil de sens pratique, tu sais maintenant à qui demander, hein...
Ecrit par : Angie | 15.01.2008
bravo pour le recul!
Vous sauvez par le fait votre équilibre et votre sincérité.
Surtout, ne vous faîtes pas contaminer, c'est très dangereux comme fréquentations!
Ecrit par : Yann | 19.01.2008
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